Sequels come in many forms

Surgi de nulle part deux mois avant la sortie du film en salle, le trailer de 10 Cloverfield Lane suscite autant d'enthousiasme que de questions. Une suite à Cloverfield ? Ce qu'il nous montre ressemble plus à un remake de la saison 2 de LOST (la meilleure). Changement de style (au-revoir found-footage), de personnages (en même temps ils étaient tous morts), de lieu (tout était cassé aussi) et peut-être même de monstre, ce nouveau film ne semble pas avoir grand chose en commun avec son prédécesseur. Et les gars du marketing le savent bien puisque la com' officielle parle d'un film apparenté ("a blood relative") à Cloverfield.  

Mais alors qu'est-ce qu'un film "apparenté" si ce n'est une suite ? En cette époque trouble où Hollywood joue au Docteur Moreau (l'apprenti-sorcier c'est un peu galvaudé) avec ses licences, passons en revue les possibilités qui s'offrent à nous.

Une suite

Avant, c'était mieux, et simple. Il y avait un film, et ses suites. Avec un minimum d'organisation on parvenait à les regarder dans l'ordre et à suivre ce qui se passait. L'astuce c'était de regarder le numéro à la fin du titre ou éventuellement la date de sortie.

=> Cloverfield - La suite : 8 ans après la destruction de Manhattan par un monstre venu du fond de l'Atlantique, des campagnes de dragage ont été menées sur toutes les mers et la communauté scientifique en est désormais certaine : ça ne se reproduira pas. Mais Rob qui a survécu à la bombe atomique et a regardé la créature dans les yeux sait qu'il n'en est rien: le monstre n'était qu'un bébé et sa maman finira bien par se réveiller. Notre héros a enfermé sa famille dans un bunker avant de partir lui-même à la recherche du léviathan. 


Pas de bol, le film suit le quotidien de la famille.

Un prequel

Puis sont arrivés les prequels, si l'idée restait compréhensible il fallait commencer à prêter un minimum d'attention pour bien ranger les trucs dans l'ordre et surtout faire un choix à la portée idéologique sous-estimée : dans quel ordre regarder ? Canonique, chronologique ou machete, je ne mettrai pas les pieds dans ce débat, mais chronologique ça me semble évident.

On passera rapidement sur les problématiques engendrées par les suites de prequels qui restent elles-mêmes des prequels du film original.

 => Cloverfield - Le prequel : Quelques mois avant la catastrophe de New York, la multinationale Tagruato exploite les fonds marins de l'Atlantique pour en extraire l'ingrédient secret de leur célèbre boisson énergétique Slusho! C'est alors que le professeur Ichigawa et ses deux thésards font une étrange découverte. (Je n'ai aucun mérite, ceci est le prequel officiel de Cloverfield issu de la campagne de marketing viral.) Et pour ceux qui argueraient que John Goodman n'a pas une tête à s'appeler Professeur Ichigawa, souvenez vous de Maître Kobayashi.

 
Ici, une séance de TP

Un reboot

Au bout d'un moment ça devenait compliqué de caser tout ça l'un par rapport à l'autre mais la nécessité de capitaliser sur une licence établie restait, elle, indéfectible. On a donc lancé la mode du "re-", remake ou reboot selon le degré de respect envers l'original. Le remake est une réinterprétation de l'original, sensée en reprendre les personnages et l'intrigue pour en proposer une version remise au goût du jour. Les exemple sont légions, on citera ici, au pif, le King Kong de Peter Jackson. Le reboot est quant à lui issu de la volonté d'exploiter une licence sans tenir compte d'épisodes précédents devenus encombrants il ne reprend que le postulat de départ pour embrayer dans une direction différente, Amazing Spiderman c'est de toi que je parle.

=> Cloverfield - Le reboot : Trois youtubeurs new-yorkais battent le record mondial de spectateurs simultanés sur Periscope lorsqu'ils sont victimes d'une nouvelle forme de swatting : l'envoi impromptu d'un monstre géant pour détruire la ville d'un vidéaste en plein live.

  
Ouvrez, c'est la police !

Un legacyquel

A partir de là le producteur peut s'essayer à toutes sortes de mélanges contre-nature en vue d'optimiser son rendement de bif par licence. Si la suite-remake Evil Dead 2  (on y reviendra) de Sam Raimi était sans doute motivée par des raisons moins pécunières, le prequel-remake The Thing 2011, la suite-reboot Jurassic World, voire la suite-meta-reboot Scream 4, trouvent difficilement leur légitimité dans le processus narratif qui les a engendré. J'évoquais Evil Dead il y a quelques lignes, c'est une des licences qui a payé le plus lourd tribu à ce genre d'hybridations: comme déjà dit, le second est un remake du premier. Le troisième est une suite qui se déroule dans le passé. Le quatrième sorti en 2014 est un reboot démarrant une nouvelle continuité, tandis que le cinquième est sensé être une suite du troisième film de la continuité originale ...

A noter que ce n'est rien à côté de la saga Troll dont Karim Debbache fait un brillant récapitulatif dans le premier épisode de Chroma. 

La classification de Terminator Genisys fut longtemps discutée mais s'aproche selon tout vraisemblance de cette tendance. Celui-ci semble réinterpréter dans une nouvelle continuité les événements du premier épisode et de sa prequel, tout en reprenant un acteur dans le tout en laissant sous-entendre que par l'improbable truchement des voyages dans le temps il pourrait se raccrocher à la continuité d'origine. Hasardons-nous à le qualifier de suite-re-loop-meta-foutage-de-gueule. 

Puis Star Wars The Force Awakens est arrivé et le cas est devenu sérieux alors des experts se sont penchés dessus. Depuis, un film qui relance une franchise sans annuler ce qui s'est fait avant mais sans en avoir grand chose à foutre non plus (pour, au choix, en faire un copier-coller ou en trahir totalement l'esprit) ça s'appelle un legacyquel. Fin du game.

=> Cloverfield - Le legacyquel : Owen et Claire sont deux jeunes océanographes dont la vocation est née en 2008 devant le film Cloverfield, avec la perspective fascinante de découvrir un jour dans les abysses une créature inconnue. Mais la réalité va les rattraper de plein fouet. Pour affronter la terrible menace qui vient de la mer ils ne pourront compter que sur les connaissances qu'ils ont acquises en regardant en boucle leur film favori. A un moment Owen parvient à apprivoiser les petits monstres parasites pour les retourner contre le gros, par contre on ne sait pas encore très bien pourquoi la bande-annonce les montre enfermés dans un bunker avec un barbu chelou.

 

Un crossover

Sur un axe jusqu'alors totalement indépendant se trouve le crossover, issu du métissage plus ou moins naturel de deux films ou deux licences : par exemple, le troisième épisode de la licence 21 Jump Street sera un reboot de la licence Men In Black. Ces dernières années on observe une nette tendance à l'évolution de ce concept en univers partagé, consistant en une suite de crossovers développant une intrigue commune. Le représentant le plus en vue étant bien entendu le Marvel Cinematic Universeauquel Universal emboite le pas en créant son univers partagé de monstres classiques. 

=> Cloverfield - le crossover avec Panic sur Florida Beach : 50 ans après la mémorable avant-première de son film Panic à Key West en Floride, le producteur Lawrence Woolsey (John Goodman) a pété un câble en apprenant l'attaque du monstre de New York. Persuadé qu'il s'agit des monstres de son film, il s'enferme dans un bunker désaffecté, vestige de la crise des missiles de Cuba. Pour s'assurer que personne ne sorte, il a truffé l'endroit de mécanismes de dissuasion hérités de sa longue carrière dans les effets spéciaux.

 
Concept d'affiche non retenu

Autre chose ?

Finalement, le pitch officiel du film est le suivant : Après un accident de voiture, une jeune femme se réveille dans un sous sol en compagnie d'un homme qui dit avoir sauvé sa vie d'une attaque chimique. Cette dernière aurait laissé le monde extérieur inhabitable. Le scénario, titré The Cellar, a été écrit à l'origine pour un film à très petit budget, à moitié tourné sous le working-title Valencia par une branche de la Paramount dissoute en cours de projet, puis récupéré par Bad Robot pour le rattacher à la licence Cloverfield (merci Wikipedia). Alors, vous le rangez où ? 

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