Pitch #2 : Assassin's Creed - le (vrai) film

Un grand homme a dit un jour (c'était en 1993) "La création est un acte de pure volonté". Loin de moi l'idée de mettre sa parole en doute, mais il omettait de préciser "quand on a les moyens", ce qui était son cas, et pas le mien. De là est née la rubrique "Pitch".

Il s'agit ici de pitcher une oeuvre culturelle que je n'ai pas les moyens de réaliser moi même : un film, une série, un jeu-vidéo ... mais pas un livre parce que rien ne m'empêche d'écrire un livre. A part la flemme mais ça ne compte pas.

Voici donc Pitch #2 : Assassin's Creed, le (vrai) film.

 

C'est quoi ?

Née des cendres d'un épisode de Prince of Persia jamais sorti, la série de jeux vidéos Assassin's Creed met le joueur dans la peau de personnages fictifs ayant vécu à des périodes charnières de l'histoire du monde. Ces avatars appartiennent à une communauté secrète (les Assassins) qui lutte contre la conspiration des Templiers. Ils sont tous les aïeuls d'un personnage contemporain de notre époque, nommé Desmond, qui peut revivre leurs aventures en se connectant à une machine appelée l'Animus.

Ce dernier point, en plus d'être assez flou dans son fonctionnement et son impact sur la narration globale (Est-ce que Desmond a un impact sur ce qui se passe ou revit-il seulement en réalité virtuelle ce qu'ont fait ses ancêtres des siècles auparavant ? Modifie-t-il le passé ou l'Histoire aurait-elle été la même s'il n'était pas entré dans l'Animus ?), est inutile. Ajouter entre le joueur et l'avatar un intermédiaire qui est lui même à la fois joueur et avatar n'apporte rien au système de jeu. Cet artifice est seulement là pour apporter du liant et donner corps à l'enjeu global de la licence qui ne peut trouver sa résolution que dans le monde contemporain du joueur.


Ce doit être le propre des persos nommés Desmond que d'avoir des capacités au fonctionnement imbitable.

Dans les premiers épisodes du jeu, la trame globale reposait sur le secret des origines de l'humanité, jusqu'à impliquer des dieux, une civilisation antérieure aux hommes, et la fin du monde prévue le 21 décembre 2012. Il semble que l'attachement à cette mythologie se soit estompé dans les derniers opus en date.

La licence est réputée pour être une vache à lait au rythme d'un épisode par an. Créatrice de magnifiques bacs à sables historiques elle peine à se renouveler et à maîtriser sa narration. 

 

Pourquoi en faire un film ?

C'est pas moi qui ai eu l'idée !

Après être resté quelques années au statut de rumeur, le film Assassin's Creed est désormais sur les rails. Il rejoint Tomb Raider et Prince of Persia (deux autres licences Ubisoft), ainsi que le très prochain Warcraft, dans le cercle fermé des adaptations ayant eu droit au traitement blockbuster. Ayant joué aux jeux, j'ai forcément imaginé ce à quoi devrait ressembler le film. Le trailer dévoilé il y a quelques jours étant relativement éloigné de mon idée, j'en profite pour exposer celle-ci dans la présente rubrique.

 

 

Personnellement je me suis lassé des jeux après la trilogie Ezio mais j'y vois un potentiel énorme pour réaliser une fresque épique et historique en mettant à profit une licence qui attirera du monde en salles.  

 

Faudrait changer des trucs ?

Comme évoqué précédemment, l'Animus ne sert à rien en tant que tel. Faire vivre toutes les époques à un seul protagoniste par le biais d'une simulation est un gâchis total. Assassin's Creed donne l'opportunité de mettre en scène une variété de reconstitutions historiques (relativement) authentiques, et surtout une palette de héros variés, unis dans une même cause, sans qu'ils se marchent dessus. Il faut jouer cette carte au maximum, dans un film choral où l'action se déroule réellement à différentes époques et pas dans un simulateur.

L'Animus peut néanmoins être utilisé pour relier ces personnages entre eux. Pour être tout à fait franc j'imagine le film sur le schéma de Cloud Atlas : les assassins vivent à différentes époques, mais sont liés par quelque chose qui les dépasse, en l'occurence une cause commune. Plutôt qu'une relation mystique, ce lien serait rationnalisé par l'Animus, sorte de journal que les Assassins utiliseraient pour transmettre des informations à leurs successeurs. D'abord sous la forme d'un codex il aurait évolué en base de données et, en guise de clin d'oeil au jeu, il permettrait, à l'époque de Desmond de retranscrire certains événements historiques en réalité virtuelle.

Chaque héros aurait ses propres enjeux, son propre combat lié à son époque même s'il s'inscrit dans une continuité globale. Les intrigues de chaque époque évolueraient en parallèle pour aboutir à des climax simultanés, mettant en exergue le fait qu'il s'agit d'une cause commune. A l'image de Cloud Atlas, le lien entre chaque héros serait également souligné au cours du film par de discrètes similitudes dans leurs choix et dans les situations auxquelles ils sont confrontés.

Reste à trouver un scénariste et un monteur de talent capables d'articuler tout ça de façon lisible et intéressante. 

 

Y'aurait qui dedans ?

Plein de gens cools de différents horizons. Un scenario se déroulant simultanément dans des époques et des lieux différents est l'occasion de réunir un casting multiculturel, de confessions et de croyances diverses, comme le revendique le disclaimer de chaque début de partie.

Il ne serait pas forcément nécessaire de reprendre chaque héros du jeu, l'important est de varier les contextes et les personnalités. Certains passeraient à la trappe et d'autres seraient inédits. Difficile de citer des acteurs sans creuser plus le scenario et le choix des époques. 


Fan-art par santap555

Ah et il faut varier un peu plus les costumes des héros pour les distinguer sinon ça va être le bazar. 

 

Et en vrai ça sort quand ? 

Le 21 décembre prochain. Mais ça n'a rien à voir avec ce que j'ai décrit plus haut. Si l'on en croit le trailer le film se focalise sur un personnage contemporain qui utilise l'Animus pour revivre la vie de son ancêtre dans l'Espagne de l'Inquisition. Etonnament, l'intrigue est sensée se dérouler "à 65% de nos jours et 35% dans le passé" et la structure narrative semble opter pour le parcours classique du héros qui s'ignore, se découvre une capacité, apprend à la maîtriser et sauve tout le monde à la fin. Le personnage féminin qui semble devoir le guider dans son initiation en sera sans doute quitte pour un bel exemple de syndrome de Trinity.

Le trailer se focalise sur des phases d'action : combats, parkour, saut de l'ange, repris du jeu. Des éléments qui sont structurants pour un gameplay mais ne font pas l'essence d'un film. La musique anachronique mise en exergue sur toute la séquence dans l'Animus témoigne probablement d'une volonté de prendre ses distances avec l'aspect "historique" pour souligner que ce n'est qu'une simulation en réalité virtuelle.   

On est loin de la cinématique d'annonce d'Assassin's Creed Revelations qui (comme la plupart des trailers de la série) occultait la phase contemporaine, se focalisait sur un personnage historique et sa mission, dont la vidéo laissait transparaitre qu'elle s'inscrivait dans quelque chose de plus vaste et liait Ezio à son prédécesseur. Le tout porté par le titre Iron de Woodkid qui, bien qu'anachronique lui aussi, sonnait comme le monologue intérieur d'un vieux guerrier fatigué. Une merveille de caractérisation, sans le moindre dialogue.

 

 

 

 

 

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