Pitch #1 : Anno Dracula - le film

Un grand homme a dit un jour (c'était en 1993) "La création est un acte de pure volonté". Loin de moi l'idée de mettre sa parole en doute, mais il omettait de préciser "quand on a les moyens", ce qui était son cas, et pas le mien. De là est née la rubrique "Pitch".

La blague avec la brioche ayant été faite mille fois, il s'agit ici de pitcher une oeuvre culturelle que je n'ai pas les moyens de réaliser moi même : un film, une série, un jeu-vidéo ... mais pas un livre parce que rien ne m'empêche d'écrire un livre. A part la flemme mais ça ne compte pas.

Voici donc Pitch #1 : Anno Dracula, le film.

 

C'est quoi ?

Anno Dracula est un bouquin de l'auteur anglais Kim Newman publié en 1992. L'histoire prend pour parti de raconter ce qui aurait pu se passer si, à la fin du Dracula de Bram Stoker, le prince des vampires n'avait pas été vaincu par Van Helsing.

Ainsi quelques années après être arrivé en Angleterre à la fin du XVIIIème siècle, et s'être débarassé de son nemesis, Dracula a épousé de force la reine Victoria. Les vampires du monde entier autrefois pourchassés trouvent alors en Londres leur terre promise, et les passages aux ténèbres sont de plus en plus courants au sein de la population anglaise. Petit à petit sont instaurées des lois favorisant les vampires.

C'est dans ce contexte que commencent à être commis des meurtres visant exclusivement des prostituées vampires du quartier de Whitechapel ...

Le livre a la particularité de puiser dans d'innombrables références de la pop culture et l'on croise notamment dans ce Londres fantasmé les Docteurs Jekyll et Moreau, Alan Quatermain, Mycroft Holmes mais aussi Elephant Man, Oscar Wilde et Bram Stoker lui-même.


Illustration pompée sur le blog de l'éditeur Bragelonne

Pourquoi en faire un film ?

Parce que tout bon livre, avec un imaginaire nourri et un decorum élaboré, mérite la chance de mettre en images ce qu'il raconte et décrit. Une maxime qui s'applique particulièrement bien à l'époque victorienne décadente que met en scène Anno Dracula. L'image, plus encore que le texte, permettrait par des détails et des cadrages de retranscrire l'insidieuse progression de ce qui est pourri au Royaume de la rose. 

Plusieurs thématiques traitées par le livre mériterent une plus grande exposition que ne manquerait pas de fournir une adaptation au cinéma. En premier lieu la mise en place progressive d'un système discriminatoire entre les vampires et les humains, les mesures prises pour favoriser les uns par rapport aux autres et protéger les uns des autres. Je pense notamment à l'inversion des heures ouvrées ou à la dégénérescence de certaines lignées de vampires par rapport à d'autres qui offriraient de belles occasions d'expérimenter la narration par l'image. Sur un niveau plus thématique, l'assimilation de tout signe religieux chrétien à une menace contre les vampires trouverait aujourd'hui un écho certain dans l'actualité.

Le binôme de héros est atypique dans sa composition : Charles Beauregard, un dandy anglais de trente ans qui enquête pour le Diogene's Club, avec pour mentor Geneviève Dieudonné, l'ainée des vampires de Londres, âgée de plusieurs siècles mais ayant conservé l'apparence d'une jeune femme de seize ans. La transposition à l'écran de leur relation, et la place du personnage féminin au sein de leur duo apporterait un peu de variété dans la représentation des couples dans le cinéma populaire.

 

Faudrait changer des trucs ?

La structure de l'histoire est à adapter pour porter plus d'enjeu que la traque d'un tueur dont le spectateur découvre l'identité dès le début. Dans le livre, l'enquête n'est que prétexte à explorer les dérives d'une société en voie d'autoritarisme. S'il faut conserver le fond du propos, ça ne suffira pas à capter l'attention du spectateur sur toute la durée du métrage, d'autant que le tueur ne constitue pas un antgoniste au fil du récit, simplement un coupable insaisissable. 

Kim Newman estimait qu'un méchant secondaire, en plus de Dracula, serait nécessaire pour une transposition de son livre à l'écran. Il envisageait d'attribuer cette fonction au personnage d'Arthur Holmwood, vampire parvenu, ancien partenaire de Van Helsing qui a retourné sa veste et se comporte en dandy déshumanisé, prétentieux et irresponsable. Dans le livre, le comportement d'Holmwood est simplement décrit, plus ou moins en marge de l'histoire, et s'inscrit dans la démarche générale de description de comportements liés au vampirisme. Il serait assez simple de créer un véritable antagonisme entre ce personnage et le couple de héros enquêteurs, quitte à en rajouter sur son abjection en lui attribuant certains traits détestables supplémentaires présents chez d'autres personnages secondaire du livre.

A titre personnel, et comme un cheveu sur la soupe, je trouve par ailleurs que certaines capacités des vampires sont un peu kitschouilles, en particulier les métamorphoses. Une rationalisation sur ce point serait bienvenue.


Celle là je l'ai trouvée ici

Y'aurait qui dedans ?

Charles Beauregard : Le visage que j'avais en tête en lisant le livre est celui de Colin Firth, gentleman anglais par excellence et capable de jolies scènes d'action comme il l'a montré dans Kingsman. Mais il a ving-cinq ans de trop. Daniel Radcliffe alors, dans une interprétation proche de ce qu'il a fait pour La Dame en Noir, mais lui est un peu jeune. 

Geneviève Dieudonné : Dans le genre jeune actrice capable d'interpréter une vampire pluri-centenaire, Chloe Moretz a déjà fait ses preuves dans Let Me In. C'est un choix presque trop facile alors j'ai envie de chercher quelqu'un d'autre. Le nom d'Elle Fanning (Super 8, Maléfique) m'est venu à l'esprit. Mais il serait problématique de respecter scrupuleusement l'âge apparent du personnage, au vu de la relation qu'elle entretien avec un adulte, et de leurs quelques scènes d'intimité amoureuse vampiresque. Dans ce cas on peut envisager une actrice plus âgée, et pourquoi pas française pour coller aux origines du personnage.

Jack L'éventreur :  Oui vous aviez compris qui se cache derrière "des meurtres visant exclusivement des prostituées vampires du quartier de Whitechapel ..."  L'auteur prend le parti de révéler sa véritable identité dès le début du livre pour mieux raconter sa déchéance progressive au milieu des autres protagonistes qui ignorent son secret. Cinquantenaire, médecin, brisé par un amour perdu aux mains du prince des vampires, si Colin Firth est trop vieux pour jouer le fringant gentleman Beauregard j'aimerais le voir à contre-emploi dans ce rôle-ci.

Arthur Holmwood : Sans doute le choix le moins évident de mon casting, dans le rôle de l'abject Lord Godalming je verrais Martin Freeman. L'acteur ne correspond pas physiquement à l'image du personnage, mais il est maître dans l'art du non-dit. Comme le disait Ian McKellen (ou était-ce Peter Jackson ?), Freeman est capable de faire passer par le regard le contraire de ce qu'il est en train de dire. Une caractéristique qu'il mettrait à profit pour retranscrire la turpitude de Holmwood sous ses dehors de gentleman vampire.

Dracula : Seulement présent à l'écran dans le final, il faut un acteur qui éclabousse le spectateur autant de sang que de charisme lors du climax où il apparait. Décrit comme une brute géante et musclée, cheveux longs et barbe de quelques jours, il est à poils dans sa seule scène. Daniel Day Lewis dans ce rôle ça aurait carrément de la gueule pour conclure le casting principal.

 

Enfin, les innombrables personnages secondaires du livre repris d'autres oeuvres de fiction, ou alter egos de personnages historiques, seraient du pain béni pour une galerie de caméos malins. La tête de Hugh Jackman fichée sur la clôture de Buckingham Palace figurerait par exemple un excellent Van Helsing looser.

 

Et en vrai ça sort quand ?

Kim Newman a rédigé un scénario pour une adaptation de son livre à la fin des années quatre-vingt-dix. Certaines idées évoquées ici en sont issues. Pour une raison que j'ignore le projet n'a pas abouti mais les droits d'adaptation seraient toujours aux mains d'un studio que je ne suis pas parvenu à identifier. .

La publication de deux suites et d'un spin-off à Anno Dracula ouvre la perpective d'une saga franchisée, un synonyme de poule aux oeufs d'or pour les décideurs de l'Hollywood moderne. Mais les événements narrés dans chaque épisode étant séparés par plusieurs décennies, des concessions plus importantes que celles suggérées plus haut seraient nécessaires pour construire une saga cinématographique autour de héros/acteurs identifiables et récurrents.

Quoi qu'il en soit, le projet d'Universal de lancer un univers partagé de monstres classiques incluant le prince des vampires semble mettre à mal l'idée d'une adaptation prochaine de Ano Dracula.

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